Mouvements d’escalade

Lors d’une sortie d’escalade de roche en moulinette, l’encadrant doit être en mesure d’exécuter en premier de cordée des mouvements d’escalade de base sur différents types de rochers afin d’accomplir plusieurs tâches essentielles. Une fois à l’aise avec ces mouvements, il peut ouvrir la voie efficacement afin d’installer la moulinette, en plus d’offrir aux participants des démonstrations, des instructions et de l’encadrement. Dans ce chapitre, nous présenterons certains mouvements d’escalade de base pouvant être appliqués pour l’escalade de paroi, l’escalade en fissure et l’escalade en dalle.
Escalade de paroi
Ce type d’escalade se pratique généralement sur des parois présentant une variété de réglettes, de trous (ou poches), de bacs et de plats. Les falaises de calcaire, de grès, de gneiss, de quartzite et de conglomérat se prêtent souvent bien à l’escalade de paroi.

Position des mains
En escalade de paroi, il existe trois positions de prise courantes. Ces positions peuvent être orientées de différentes façons selon l’angle de la partie saillante de la prise.
Le tendu

Le tendu est la position de prise la plus naturelle et ergonomique. On l’utilise généralement pour les plats, les trous (ou poches) et les gros bacs. Pour réaliser cette position, le grimpeur forme un « C » avec tous ses doigts avant de saisir la prise.
L’arquée

L’arquée permet au grimpeur d’agripper les réglettes en fermant les doigts et en plaçant le pouce sur l’index. Cette position extrêmement puissante est efficace pour les petites prises impossibles à saisir à l’aide du tendu.
La pincette

La pincette permet au grimpeur d’agripper les deux côtés d’une prise en opposant le pouce et les autres doigts. Contrairement au tendu et à l’arquée, elle aide également le grimpeur à modifier la position de son corps selon l’angle de la prise, sans ajuster l’orientation de sa main.
Lorsque l’encadrant est en mesure d’effectuer ces mouvements de façon aisée et efficace, il peut non seulement offrir une bonne démonstration des techniques aux participants, mais leur inspire également confiance. Pour ce faire, il doit enchaîner ses mouvements avec fluidité, précision et méthode, sans apparence d’effort.
Position des pieds
En plus de l’adhérence, dont nous discuterons dans la section sur l’escalade en dalle, la carre interne, la carre externe et la pointe sont des positions fréquemment utilisées en escalade de paroi.
La carre interne

Grâce à la carre interne, le grimpeur utilise la partie la plus puissante du pied et du chausson d’escalade. Pour la réaliser, il oriente son pied sur la partie saillante de la prise en utilisant le bord intérieur du chausson tout en posant son gros orteil sur la prise et éloignant légèrement son talon de la paroi. Cette position est généralement employée sur les réglettes et les bacs à angle saillant, et est la plus fréquente en escalade de paroi.
La carre externe

La carre externe, qui peut être réalisée sur les réglettes et les grandes prises, est une position adaptée aux parois escarpées et aux déplacements latéraux. Contrairement à la croyance populaire, cette position fait appel à tous les orteils sauf le petit orteil. Elle consiste à poser le pied sur la partie saillante de la prise en utilisant le bord extérieur du chausson et en tournant la cheville pour que le pied soit parallèle au rocher tout en éloignant le talon de la paroi selon un angle d’environ 60 degrés afin d’adapter la position à la forme asymétrique de la plupart des chaussons. La carre externe est moins naturelle que la carre interne, mais elle permet une rotation maximale des hanches et des épaules et une plus grande amplitude de mouvement pour les trajectoires latérales et les passages en surplomb.
La pointe

La pointe est fréquemment utilisée dans les trous (ou poches), les fractures ou les fissures du rocher ne convenant pas à la carre interne et externe. Pour la réaliser, le grimpeur place la pointe de son chausson d’escalade, soit l’intersection de la carre interne et de la carre externe, sur la prise à l’endroit offrant la meilleure adhérence. Dans cette position, le talon est habituellement perpendiculaire au point saillant de la prise afin de maximiser la surface de contact entre le chausson et la prise.
Position du corps
La position optimale du corps pour l’escalade de paroi varie considérablement selon l’orientation et le positionnement des prises de main et de pied. Lorsque possible, il est toujours préférable d’orienter le corps de façon à ce que les prises de main puissent être saisies dans l’angle offrant la meilleure surface de préhension. Cependant, il est tout aussi important de maintenir le centre de gravité au-dessus des pieds lorsque la situation le permet. Il peut être plus avantageux pour le grimpeur de placer son centre de gravité directement au-dessus de ses pieds, même si cela l’oblige à utiliser une prise de main de façon non optimale.
En escalade de paroi, le grimpeur commence généralement la séquence de mouvements en propulsant son corps vers le haut avec ses jambes et ses pieds, pour atteindre une prise plus éloignée. Une fois, une ou deux prises de main plus éloignées atteintes, il doit repositionner son centre de gravité afin d’être en mesure de permettre le mouvement des pieds vers les prises plus élevées. Une fois que ses pieds sont posés sur la ou les prises plus élevées et qu’il a repéré les prises de main suivantes, il peut, de nouveau, repositionner son centre de gravité et répéter la séquence en commençant par la propulsion du corps avec les jambes et les pieds.
Escalade en fissure
Dans certains cas, lorsqu’il n’existe aucune prise convenant aux techniques d’escalade de paroi et que l’inclinaison est trop prononcée pour appliquer les techniques d’escalade en dalle, le rocher pourrait présenter des fissures suffisamment larges pour permettre au grimpeur d’en faire l’ascension. L’escalade en fissure fait appel à des compétences uniques qui nécessitent beaucoup de pratique. Le granite, le basalte et le quartzite (et parfois le gneiss) sont souvent traversés par de longues fissures continues pouvant être gravies à l’aide des techniques appropriées.

Position des mains

Pour l’escalade en fissure, la position optimale des mains varie considérablement selon la largeur de la fissure et la taille des mains du grimpeur. Cela dit, le concept général demeure le même, quelle que soit la largeur de la fissure. Le grimpeur doit créer un verrou en coinçant ses doigts, sa main, son poing ou son corps dans la fissure afin d’exercer une pression contre les deux parois opposées de la fissure ou de créer un point d’appui dans une ouverture en forme d’entonnoir. Les fissures pouvant accueillir une main ou un poing se prêtent mieux à l’apprentissage puisqu’elles permettent souvent de créer un verrou solide avec les mains en plus de placement opportun pour les pieds. Les fissures minces (de la largeur d’un doigt) ou très larges sont beaucoup moins sécuritaires et plus exigeantes, car il est plus difficile d’y créer un verrou et elles sont habituellement trop étroites ou trop larges pour un placement opportun des pieds.
Maintenir la motivation des participants peut être l’un des volets les plus délicats pour l’encadrant d’une sortie d’escalade de roche en moulinette. Pour y parvenir, celui-ci doit s’assurer que les voies choisies sont à la portées des participants, tout en veillant à ce qu’ils soient suffisamment stimulés. L’acharnement sur une voie trop difficile mène souvent à un sentiment général d’échec, de frustration et de démotivation. Mais le contraire est aussi vrai. Un niveau de difficulté trop bas et l’ascension de voies manifestement trop simples pour les participants risquent de diminuer leur enthousiasme, leur intérêt et leur envie de progresser dans le sport.
Position des pieds

En escalade en fissure, la position optimale des pieds dépend de la largeur de la fissure. Les fissures très étroites ne permettant pas d’effectuer un coincement du pied obligent le grimpeur à combiner les techniques de l’adhérence et de la pointe afin de grimper efficacement. Les fissures de largeur moyenne se prêtent habituellement à la technique de coincement du pied. Pour la réaliser, le grimpeur fait pivoter son pied dans la fissure afin de coincer la pointe de son chausson entre les parois opposées ou dans une ouverture en forme d’entonnoir. Pour verrouiller le pied dans une fissure large, il se peut que le grimpeur doive orienter son pied perpendiculairement aux parois de la fissure plutôt que parallèlement. Quelle que soit la largeur de la fissure à gravir, il est essentiel de savoir bien positionner ses pieds pour assurer une progression efficace.
Position du corps
En escalade en fissure, la position du corps diffère des positions utilisées pour l’escalade de paroi, l’escalade en dalle et l’escalade en dièdre puisque les fissures obligent généralement le grimpeur à aligner ses mains et ses pieds. Cette position offre moins de stabilité latérale, et le grimpeur doit donc porter une attention particulière à son centre de gravité et s’assurer que son poids est toujours bien équilibré au-dessus de ses pieds ou sous ses mains. Comme pour l’escalade en dalle, les petits mouvements réfléchis sont plus efficaces que les grands mouvements dynamiques.
Escalade en dièdre et en cheminée

Certains types de rochers, tels que le granite, le basalte, le calcaire, le gneiss et le grès présentent souvent des dièdres et des cheminées permettant au grimpeur de gravir des falaises escarpées n’offrant pas (ou très peu) de prises. Pour être efficace en escalade en dièdre et en cheminée, le grimpeur doit avoir un bon équilibre, positionner ses pieds avec assurance, faire preuve d’imagination pour le positionnement du corps, et créer une pression efficace entre les deux parois opposées.
Escalade en dalle
L’escalade en dalle se pratique sur des parois avec un angle d’inclinaison inférieure à la verticale et dépourvues de prises saillantes. Dans ce type de terrain, c’est l’adhérence des chaussons et des paumes sur le rocher qui permet au grimpeur d’en faire l’ascension. Le calcaire, le granite, et parfois le grès et certains types de conglomérat conviennent à l’escalade en dalle.

Position des mains
Les dalles présentent parfois de petites prises (graton) pour les mains, mais la position la plus utilisée pour ce type d’escalade consiste à placer sa main à plat et à poser la paume sur la paroi. Les participants novices utilisent rarement cette position de façon intuitive et ont tendance à s’agripper aux gratons du rocher plutôt que d’utiliser leur paume. Cette position ne mise pas sur la préhension, mais crée plutôt une adhérence entre la paume de la main et la surface rocheuse. Elle donne la liberté au grimpeur de garder son équilibre, de déplacer son centre de gravité et de repositionner ses pieds. Pour réaliser cette position, le grimpeur oriente généralement ses doigts vers le haut. Cependant, dans certaines situations, il peut être préférable de les pointer vers le bas.
Position des pieds

La technique la plus courante en escalade en dalle est l’adhérence. Elle consiste à poser l’avant-pied contre le mur et à créer une pression entre le chausson et la surface de la paroi ou contre toute forme convexe ou concave du rocher. Contrairement aux positions misant sur les carres ou la pointe du chausson, selon lesquelles le pied est orienté parallèlement à la partie saillante de la prise, l’adhérence incite le grimpeur à fléchir le pied sous les orteils et à abaisser légèrement le talon de façon à maximiser le contact entre la semelle et la surface rocheuse. Le grimpeur doit placer son talon perpendiculairement à la surface du rocher, et ajuster son centre de gravité afin de transférer son poids à son pied et de créer une adhérence suffisante pour maintenir la position.
Position du corps
Puisque l’escalade en dalle se pratique sur des parois avec un angle d’inclinaison inférieur à la verticale, la position du corps diffère de celle qui est habituellement utilisée pour l’escalade de falaises plus abruptes. Pour ce type d’escalade, le grimpeur éloigne légèrement ses hanches et son centre de gravité de la surface rocheuse afin de positionner son poids directement au-dessus de ses pieds. La progression est souvent lente et en équilibre, et les petits mouvements continus sont plus stables et donc préférables aux grands mouvements dynamiques.